Mariya Korostelyova, The K. Edits

Mariya Korostelyova, The K. Edits

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Comment es-tu devenue photographe, puis directrice artistique ?

Je suis une personne multiculturelle. Mes origines sont slaves, je suis née au Kazakhstan, j'ai grandi en Chine et je vis en France depuis plus de dix ans. Mon travail de photographe et de directrice artistique est fait de ce drôle de mélange d'inspirations.

J'ai toujours été passionnée par l'art, la lumière et la photographie. J'ai fait cinq ans d'études en communication visuelle, et c'est là que j'ai commencé à entreprendre.


Qu'est-ce qui t'a menée vers la photographie plutôt qu'un autre médium artistique ?

La photographie m'a toujours attirée. C'est d'ailleurs grâce à elle que j'ai été admise dans mon école - ECV Aix-en-Provence. Je conçois aussi des identités graphiques et des univers de marque, mais la photographie reste mon moyen d'expression préféré. C'est avec elle que je traduis le mieux mes idées, mes visions et mes émotions, et que je mets le mieux en valeur les sujets que j'ai devant moi.


Comment définirais-tu ton regard, ton style ? Y a-t-il des artistes ou des courants qui t'ont particulièrement influencée ?

J'avoue que j'ai du mal à le définir moi-même. On me dit souvent qu'on voit dans mes images le soleil du Sud, mêlé à une simplicité venue d'Asie. Ce qui est sûr, c'est que j'aime les choses simples et épurées, à condition qu'elles gardent leur caractère et l'histoire qu'elles portent dans le cadre. Et je sais que mes photos dégagent une certaine sérénité, un certain calme.

Comment as-tu rencontré Mabiche Editions et comment est née cette collaboration ?

On s'est rencontrées grâce à un événement qui me tient à cœur : les moissons d'Emma Bruschi, qui ont lieu chaque année dans les montagnes de Haute-Savoie. Sandrine y participe, nous aussi, tous les ans. C'est un cadre très particulier pour faire connaissance. On se retrouve tous avec nos chapeaux de paille et nos vêtements les plus confortables, pour moissonner et partager la vie du village. On ne pense pas du tout au travail comme on le ferait lors d'un rendez-vous pro en ville.


Tu as réalisé l'ensemble des photographies de la marque : comment as-tu construit l'univers visuel de Mabiche Editions ? Quelles étaient les intentions de départ ?

C'est cet esprit d'histoires et de moments partagés qu'on essaie de garder dans les images de Mabiche Editions. On part sur quelque chose de décontracté et d'inattendu, en mélangeant les objets que Sandrine a dénichés et sélectionnés pour la collection. Avant tout, on veut s'amuser et capturer les objets dans la plus belle lumière du moment.

Mabiche Editions est une maison jeune, et chaque édition est une nouvelle page. On en est à notre deuxième shooting, et l'univers s'enrichit à chaque fois, au rythme des collections de Sandrine. On le construit en jouant, en explorant et en expérimentant ensemble.


Peux-tu nous parler de ce projet d'œuvres murales imprimées sur lin ? Comment est née cette idée ?

The K. Edits est le projet que j'ai construit avec mon partenaire, Valentin. Ce sont mes photographies de nature morte, imprimées sur lin et suspendues à un bâton issu du réemploi, fabriquées dans un atelier à Toulouse.

Depuis des années, on me disait de faire des tirages de mes photos. Mais le papier ne me parlait pas. Encadrer une photo en grand format est compliqué, et en petit format, l'offre est déjà énorme. Je passe beaucoup de temps sur les sites et les magazines de décoration pour trouver mes inspirations, alors j'ai eu envie de créer un objet de décoration à part entière, plutôt qu'une image pour laquelle il faut encore trouver et choisir un cadre.

L'idée elle-même est venue d'un rêve. Une nuit, j'ai vu des rideaux très particuliers, que je réaliserai peut-être un jour. Je me suis demandé pourquoi je pensais à des rideaux alors que je réfléchissais à mon projet photo. Puis ça a été comme un éclair : je pouvais imprimer mes photos sur tissu et en faire une tapisserie unique. En cherchant, je n'ai rien trouvé de semblable ailleurs, alors on s'est lancés. L'influence de l'Asie est bien sûr très présente dans cette vision.

Je voulais aussi que ce soit simple pour les gens, qu'ils n'aient pas à se demander comment accrocher l'œuvre. C'est de là qu'est venue l'idée du bâton.


Pourquoi le lin, précisément ? Qu'est-ce que ce support change dans la façon dont on perçoit une photographie ?

On voulait partir sur une matière naturelle et vivante, avec ses imperfections, qui apporte elle-même une touche singulière à chaque œuvre. J'adore voir, par endroits, le grain du lin prendre le dessus sur l'image : on sent vraiment que la photo a été imprimée sur une matière naturelle.

Le lin rend aussi la photographie vivante. Au lieu de rester figée derrière un cadre, elle vit avec l'espace, et elle entre dans la pièce comme un objet de décoration à part entière.


Comment choisis-tu les images destinées à ce projet ? Sont-elles pensées dès la prise de vue pour cet usage, ou sélectionnées après coup ?

Pour l'instant, il existe une seule collection. Elle tourne autour de la naissance et du potentiel des choses et des moments. Derrière chaque œuvre, il y a l'histoire d'un potentiel : quelque chose qui se met en place, qui grandit, qui est encore fragile ou qui est déjà accompli. J'adore le végétal, alors les fleurs, les fruits et les œufs se sont imposés pour cette première édition.

 

Techniquement, comment se passe l'impression sur lin ? Quelles contraintes ou surprises as-tu rencontrées ?

J'ai grandi en Chine et j'y ai encore de la famille. J'ai eu la chance que des amis de ma famille travaillent dans l'impression. Ils maîtrisent de très belles techniques d'impression photo sur tissu, que j'ai découvertes avec eux. Les œuvres sont imprimées là-bas, puis les finitions sont faites en France.

Ça a demandé beaucoup de travail et de recherche. On a fait de nombreux tests avant d'obtenir les couleurs et le rendu voulus, pour que le résultat soit vraiment artistique et ne donne jamais l'impression d'une bannière imprimée sur du tissu. Comme toujours, on avance par essais et erreurs.


En quoi ce projet est-il un prolongement de ton travail de photographe, ou au contraire une rupture, un espace de liberté différent ?

Ce projet me permet de faire autre chose que de la photographie commerciale pour les marques. La recherche artistique passe avant la mise en valeur d'un produit. C'est aussi le désir de voir enfin mes photos en grand, plutôt qu'en tout petit sur les réseaux sociaux, où une image défile en une seconde. Une œuvre au mur, on a le temps de la regarder, d'y revenir, de la contempler.

Mon souhait serait de collaborer avec d'autres artistes, d'autres regards, pour les prochaines collections. Ce sont des éditions limitées : chaque œuvre est imprimée à 20 exemplaires seulement, signés et numérotés. On veut s'éloigner de la fast fashion de la décoration et garder aux œuvres leur côté précieux.


Où peut-on voir ou acquérir ces œuvres aujourd'hui ?

On participe régulièrement à des salons : nos prochaines dates sont sur notre site thekedits.com et sur Instagram, @thekedits.co. On peut aussi nous appeler. Si on passe dans votre région, on peut tout à fait venir avec une œuvre pour vous la montrer. Et si vous passez par Toulouse, vous pouvez venir chez nous : notre lieu nous sert aussi de showroom pour découvrir les œuvres en vrai.

 

Est-ce que ton travail pour Mabiche Editions et ton projet personnel se nourrissent l'un l'autre ?

Oui, et d'abord par un même amour des objets qui ont une histoire. Sandrine chine des objets qui ont déjà un passé, et moi je compose des natures mortes qui racontent quelque chose. On regarde les objets de la même façon.

Plus largement, chaque projet nourrit ma vision. Chacun me donne l'occasion d'expérimenter, de tester de nouvelles textures, de nouvelles couleurs, de nouvelles contraintes.

Être présentée dans la première édition de Mabiche Editions, c'est génial. Pendant le shooting, on a pu mettre en scène les œuvres The K. Edits au milieu de l'univers et des objets de Mabiche, et le mélange fonctionne très bien.


Si tu devais résumer ce que représente Mabiche Editions pour toi en une image ou une couleur, ce serait laquelle ?

La couleur du coucher de soleil sur le seigle séché et sur les briques roses de Toulouse. J'associe très fortement Mabiche à Sandrine et à ces souvenirs-là, alors c'est ce rose doré qui me vient en premier. Une couleur très solaire.


Quels sont tes projets à venir, aussi bien pour Mabiche Editions que pour ton travail sur le lin ?

Avec Sandrine, nous préparons déjà les prochains shootings pour les éditions à venir, et j'ai hâte de découvrir sa prochaine collection. En plus, elle fait voyager les œuvres The K. Edits jusqu'au salon House of Jill à Paris, ce qui est génial. Je pense qu'on a encore plein d'histoires à vous raconter avec Mabiche Editions.

De notre côté, de belles choses se préparent. Nous travaillons sur une deuxième collection The K. Edits, ainsi que sur de nouveaux objets. Comme je le disais, on a envie de travailler avec d'autres artistes et d'explorer d'autres matériaux et d'autres pratiques, pour les intégrer à nos collections sous ma direction artistique.


Un mot de la fin pour les lecteurs qui découvrent ton travail à travers cette interview ?

Prenez le temps de nourrir vos relations et de passer du temps avec les gens qui comptent pour vous. Ce qu'on fait dans la vie ne compte vraiment que quand on peut le partager. Les plus belles créations naissent de la collaboration, de la co-construction. Alors dans vos projets, n'oubliez pas les gens que vous aimez.

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